Dans la peau du mecano de Max Anstie

S’il y a bien une personne primordiale dans l’entourage du pilote, c’est le mécanicien; souvent dans l’ombre et pourtant point phare de la réussite de son poulain,

les mécaniciens travaillent d’arrache-pied pour fournir la meilleure moto possible à ces derniers.

Dailymotocross s’efforce de vous faire connaître l’envers du décor et c’est aujourd’hui Kevin Guilloux, le mécanicien de Max Anstie chez Suzuki Rockstar, qui nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

Après avoir travaillé avec Petrov en 2012, Kevin s’est envolé avec son pilote 2013 pour les USA en vue de préparer les Grands Prix MX2.

Un petit gars bien de chez nous, parti de pas grand chose, qui vit aujourd’hui une grande aventure à travers le monde sous l’auvent des équipes les plus prestigieuses du plateau.

Q: Salut Kévin, présentes toi rapidement pour ceux qui ne te connaissent pas.

Kevin Guilloux: Bonjour à tous, je m’appelle Kévin Guilloux, j’ai 29 ans, et en 2013 je vais attaquer ma 6ème année de grand prix. Je travaille actuellement avec Max Anstie

Q: Dis nous en un peu plus sur ton parcours, comment es-tu devenu mécano en Gp ? Comment as-tu rejoint l’équipe Suzuki ?

Kevin Guilloux: J’ai commencé par obtenir mon Bep/Cap/Bac pro mécanique moto, et par la suite, j’ai travaillé 5 ans en concession. J’ai eu la chance de rencontrer, par hasard, Bruno Losito (Team Manager de l’équipe NGS). Je n’ai pas hésité à lui demander s’il avait une petite place pour moi, il me donnait rendez-vous la semaine d’après pour un essai et c’est ainsi que j’ai commencé. Par la suite, j’ai travaillé dans le team CLS avec Jean Jacques Luiseti & dans le team KTM de Jacky Martens. Après la période chez KTM, j’avais décidé d’arrêté pour des raisons personnelles, je suis donc rentré en France; 3 jours après mon retour, j’ai reçu un coup de téléphone de Jens Johansonn (Mananger du team Rockstar Energie Suzuki Europe) qui me proposait de venir faire des tests sur une semaine pour travailler avec Petar Petrov. Je suis revenu sur mes décisions de quitter le milieu et j’ai accepté cette offre sans hésiter.

Q: Pourquoi Max (Anstie) a-t-il décidé de préparer sa saison outre atlantique ? Dis nous quelques mots sur le garçon avec qui tu travailles.

Kevin Guilloux: Max est venu s’entraîner aux USA car son père est domicilié en Californie. Il a tout ce qu’il faut ici pour bien se préparer, terrain de Supercross, de Motocross, salle de sport, etc … Surtout, le point crucial c’est le climat, toujours parfait. Max peut rouler tous les jours sans se préoccuper de la météo pour le lendemain et je pense sincèrement que c’est un plus vu les conditions météorologiques en Europe. Faire les 5 premières épreuves du championnat de Sx lui permet de prendre de nombreux départs avant les GP, d’être en situation de course même si, bien sûr, c’est totalement différent d’un grand-prix. Je pense que ça va lui apporter beaucoup, aussi bien sur un plan technique que physique et ça va lui permettre de gagner un peu d’agressivité dans son pilotage.

À propos de Max, c’est un bosseur, il n’abandonne jamais. Nous avons fait beaucoup de tests ensemble cet hiver et c’est un pilote très technique qui ressent très bien les choses sur la moto. C’est très agréable et enrichissant pour l’équipe de travailler avec un gars comme lui, il apporte beaucoup d’informations.

Q: Les USA c’était nouveau pour toi ? L’adaptation au Supercross n’était pas trop difficile toi qui travailles principalement en GP ?

Kevin Guilloux: Oui, venir faire du Supercross aux USA c’était une nouvelle expérience aussi bien pour moi que pour le team. Max, lui, il est habitué, il a déjà engrangé pas mal d’expérience aux USA; on a fait énormément de testings sur le terrain Suzuki pour préparer sa moto et je pense sincèrement qu’on a fait du très bon boulot pour lui fournir une moto de Supercross au point.

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Q: Quels sont les moyens mis en oeuvre pour que Max coure aux USA ? Corrige-moi si j’ai tord, mais Max & toi n’êtes pas sous l’auvent avec Sipes, Anderson & co

Kevin Guilloux: Sur place nous avons tout le matériel qu’il nous faut pour aller chercher de gros points en finale; on a fait envoyer une caisse de Belgique jusqu’aux USA avec de nombreuses pièces venant de notre atelier; ça nous permet de faire de nombreux tests sur place et de ne manquer de rien. On a loué un camion sur place avec lequel on se déplace sur les courses et sur les terrains d’entraînement. C’est ce qui nous permet d’être 100% autonome, nous ne dépendons de personne. On avait la possibilité d’être sous l’auvent Rockstar avec Sipes, Anderson … mais pour des raisons pratiques, on a fait le choix de rester en petit comité avec notre propre petit Easy-Up (= Auvent)

Q: Décrit nous une journée typique de course

Kevin Guilloux: On arrive le Vendredi matin vers 9h, c’est une journée sans trop de stress, on s’installe, on amène les roues chez Dunlop, on passe le contrôle décibel. La Samedi c’est différent, tout va très vite; On doit faire le contrôle technique à partir de 9h, on fait la reconnaissance à pied de 11h à 12h, c’est un moment que j’aime. Ils ouvrent les portes du stadium et nous découvrons le tracé avec les pilotes et l’équipe dans une bonne ambiance. Ensuite, pas le temps de souffler, essais libres, essais chronos … tout s’enchaîne, nous n’avons que très peu de temps entre les séries. À 19h c’est la cérémonie d’ouverture avec présentation des pilotes et tout le show à l’Américaine qui va avec; à 19h30 les premières qualifications pour la finale. Six tours pour décrocher sa place en finale, malheureusement l’erreur est souvent fatale car ils ne prennent que les neuf premiers, les autres vont au repêchage qui se déroule sur quatre tours et où l’on prend les deux premiers pour la finale. Les pilotes prennent énormément de risques pour atteindre la finale qui a lieu un peu plus tard dans la soirée; 15 tours à bloc avec un rythme très intensif et soutenu.

Q: Pas de trace de Max à Oakland, que s’est-il passé ?

Kevin Guilloux: Malheureusement, pas de finale pour nous à Oakland. Alors qu’il était parti 6ème de sa qualification, Max et Scott champion se sont accrochés et il a traîné la moto de Scott sur quelques mètres avant de s’arrêter. Le temps de décrocher la moto et de repartir, il était 17ème. Il parviendra à remonter jusqu’à la 10ème position mais ce n’est pas suffisant pour atteindre la finale. On a donc dû passer par la last chance; Max fait une bonne sortie de grille mais se fait enfermer à l’extérieur; puis pour couronner le tout, quelques virages plus tard, il commet une petite erreur de pilotage et sort de la piste. À ce moment-là on avait compris que la soirée était finie pour nous et que nous n’avions aucune chance d’aller en finale.

Q: Quand ton pilote ne se qualifie pas pour la finale, vous faites quoi ?

Kevin Guilloux: Quand on loupe la qualification, on plie bagage et on rentre évidemment tous déçus en ayant la tête tournée vers la semaine suivante, celle ou il va falloir bosser encore plus dur pour que cela ne se reproduise pas.

Q: À quoi tu penses quand ton pilote s’aligne sur la grille ?

Kevin Guilloux: À quoi je pense … Pour être honnête je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question, je profite surtout de ce moment magique.

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Q: Vos objectifs pour le Mondial MX2 cette année ?

Kevin Guilloux: On vise le podium MX2 en fin d’année.

Q: La vie de famille, c’est compliqué à gérer quand tu passes les 3/4 de l’année en déplacement ?

Kevin Guilloux: Je pense que je vais te donner la réponse que tous les mécanos te donneront: C’est quoi une vie de famille ? Malheureusement, c’est très difficile de gérer une vie de famille avec ce métier.

Q: Mécano GP, ça paye ?

Kevin Guilloux: En comparaison à un salaire de base, oui, nous gagnons bien notre vie, mais il ne faut vraiment pas regarder ses heures …

Q: Un dernier mot ?

Kevin Guilloux: Je voudrais remercier tous les gens de American Suzuzki, le team RCH,le team Yoshimura, Fox, Rockstar ainsi que l’équipe de Dunlop pour leur soutien et leur aide précieuse qu’ils nous ont apportée pendant cette préparation hivernale.

Source: dailymotocross

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